Contrainte(s)

 

du 16 septembre au 20 novembre 2010

 

 

 

Victor Vasarely, Emmanuel Colombani et Brice Thevenot. Victor Vasarely, Emmanuel Colombani et Brice Thevenot.

 

 

 

L’artiste est-il libre ?

 

L'artiste est confronté à de nombreuses contraintes : de genre (Peinture, sculpture...), de formes (taille, support, technique…) ou de fonds (le thème).

Les muses antiques symbolisaient déjà cet état d'esprit et guidaient l'artiste selon sa compétence (peinture/musique/danse…). La muse noire de Cocteau montre le chemin : son inspiration n'est-elle pas déjà une contrainte? La liberté de l’artiste n'est-elle pas illusion?

 

Beaucoup voient dans la contrainte un obstacle; les grands artistes s'en servent de tremplin et fond de la contrainte un mécanisme essentiel dans le processus créatif.

 

En littérature, ces contraintes sont souvent perçues comme des règles : l'unité de lieu, de temps et d'action dans le théâtre classique par exemple, ou bien le nombre de syllabes dans un alexandrin. Le lipogramme en E de Perec (la Disparition) nous apparaît très ludique, mais c’est que la contrainte libère l’imagination! Paul Valéry confiait que, parfois las et inerte devant son texte, il s’imposait les lettres initiales des phrases successives comme pour un acrostiche.

 

En danse, un élément fondamental pour faire avancer la création est la contrainte. Certains chorégraphes proposent aux danseurs d'improviser sous contrainte : les genoux pliés, les mains dans le dos... Le danseur va sortir de son vocabulaire habituel pour tenter de nouveaux

mouvements.

 

En arts plastiques, s'imposer une contrainte, c'est s'obliger à emprunter une voie nouvelle, originale. On peut y voir un jeu, comme le pointillisme par exemple, ou une expérience sensible troublante, comme les illusions rétiniennes de l'art cinétique. Mais dans tous les cas, un artiste qui expérimente la matière s'approprie un geste essentiel qui va définir son identité artistique, un système qu'il va mettre en œuvre. S'imposer une couleur (Mondrian et les couleurs primaires) pour jouer sur les lignes et les directions (Étienne Beöthy et ses lois mathématiques de La Serie d'Or (1939)), définir une forme (Claude Viallat et son osselet), tout en mixant les couleurs et les supports. Parfois même, à partir d'un protocole d'exécution prédéfini, peut naitre une création originale, comme chez Brice Thevenot et sa peinture sur blister, ou bien Emmanuel Colombani et son « Or dure ».L'artiste doit réussir à apprivoiser la contrainte, la force, au sens physique du terme. Comme le danseur se sert habilement de la gravité pour sublimer ses mouvements, le dessinateur (Jacques Germain et ses encres de Chine), le sculpteur (Jun Sasaki et ses machines d'air et d'acier) détournent les lignes de force, le poids, les attractions et nous lient dans leur monde.

 

Finalement, la liberté en art ce n'est pas l'absence de contrainte : c'est ce qu'on en fait! il s'agit de maitriser cette contrainte, voire d'en inventer de nouvelles pour atteindre l'originalité, l'œuvre d'art.

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