Seules comptent les terminaisons


SEULES COMPTENT LES TERMINAISONS

AVEC ADRIEN COUVRAT, SARA FAVRIAU, NICOLAS FLOC'H, AGNES GEOFFRAY, ATSUNOBU KOHIRA, OLIVIER LEROI, ERIK NUSSBICKER, DAMIR OCKO, PAYRAM, MAREN RUBEN, NATHALIE TALEC

15.01.2022 - 12.03.2022
Dossier de presse

Le titre de la nouvelle exposition collective à la Galerie Maubert se réfère directement à une phrase de Matisse concernant les mains des danseuses : l’artiste nous incite à porter notre regard vers ce qui, pour lui, finalise le mouvement, sublime le corps jusque dans la liberté de ses extrémités. Les mains, comme deux oiseaux - une comparaison souvent employée par Matisse, notamment lors du passage aux papiers découpés, sans poids ni frontières - emportent, le mouvement d’ensemble du corps, l’entourant de riches signes et « ornements » qui, à la fois, protègent ce corps et lui permettent de s’exprimer, communiquer avec l’extérieur.

Chez certains animaux ( les volatiles ), c’est le rôle des plumes. Ces « terminaisons » grand luxe, que Dame Nature a bien voulu offrir à certaines espèces, ont été, très tôt, l’objet d’intérêt d’artisans, designers, artistes... Les plumes, isolées ou bien en amas, réelles ou représentées, et qui portent en elles de nombreux symboles, sont le sujet de cette exposition collective.

Les œuvres rassemblées évoquent, tout d’abord, l’idée d’enveloppe, de protection : par exemple, le duvet en plume de canard de Nathalie Talec. L’enveloppe, c’est celle du visage ou de l’habitat chez Olivier Leroi. La plume s’interpose, met à distance, comme dans cette série de portraits du photographe iranien Payram, où une plume se dépose délicatement dans la noirceur du visage créant ainsi une nouvelle distance qui est celle du souvenir. La plume joue alors le rôle d’écran : Agnès Geoffray, en écrivant sur de vieux éventails en plume, fait passer le texte au statut d’un doux murmure universel.

Les œuvres de l’exposition détournent également le rôle de « parure » (reflets, motifs et couleurs) des plumes. Adrien Couvrat peint l’iridescence du prisme selon les phanères lumineux d’une toile de lin. Ces motifs sont porteurs d’expression : chez Maren Ruben, celle d’une écriture qui nuance la souplesse organique du papier, texture que l’artiste assimile volontiers à celle de membranes souples et silencieuses, comme la peau, le vêtement ou les plumes. 

Cette parure peut se muer en signes ostentatoires (le boa, l’éventail par exemple), avec les symboliques festives et queer associées. L’objet s’hybride (Sara Favriau « plume » des branches d’arbres), perd toute notion de genre (avec les « verres » de Damir Očko). Il devient la clé d’un rituel où les énergies se déploient (celle du carbone chez Atsunobu Kohira). La plume n’est plus alors une « frontière » : c’est un « passage », de la même façon que Matisse parle d’« extrémité » et non de « fin ». Chez Erik Nussbicker, les plumes transmettent les mouvements de l’air, issus de l’activité humaine, en un nouveau son lié au corps : un crâne raisonnant. Existence et mort ne forment plus qu’un, dans un vaste ensemble que l’on pourrait nommer la Vie et dont la plume serait la nouvelle vanité.


Florent Maubert 

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