Laurent Goldring, Mouvement premier, Corps insensés


LAURENT GOLDRING, MOUVEMENT PREMIER, CORPS INSENSÉS.

LAURENT GOLDRING

  01.02.2017 - 25.02.2017
Dossier de presse
« Le manque de mots pour décrire le monde est d’abord un manque d’images et de regard. La vidéo est pour moi un moyen d’essayer de voir, voir pour comprendre. » L. Goldring.

L’exposition rassemble pour la première fois en galerie, des boucles de nus, des vidéos et des images arrêtées du plasticien Laurent Goldring. Les œuvres récentes résonnent avec les plus anciennes, qui ont connu une large diffusion depuis vingt ans – Centre Pompidou, Jeu de Paume, Tate, Garage à Moscou, Fondation Gulbenkian – et dont la puissance plastique n’a cessé de se confirmer.

On croyait savoir reconnaître les différentes parties d’un corps, mais l’artiste fait vaciller cette évidence. L’impression d’étrangeté provient des postures sans significations, de l’espace sans direction, des mouvements infimes qui mettent tous les organes sur le même plan, et donc d’une remise en question des hiérarchies qui organisent le corps. L’art se charge souvent de légitimer ces hiérarchies : normalement une tête n’a pas l’air d’un sexe, les épaules ne ressemblent pas aux fesses, ni la main au pied. Toutes ces oppositions structurantes interdisent de voir pour imposer des images pré-visibles auxquelles on n’échappe pas. Ici, au contraire, le nu apparaît dans toute sa matérialité et dans ce qu’il a d’excessif, de non pré-vu, de toujours nouveau.

Les boucles
La boucle s’est imposée comme la forme la mieux adaptée à ce regard. Les infra-mouvements, micro-oscillations quasi-statiques, produisent des images incompatibles que la répétition rassemble dans la vision d’un corps improbable qui prend le pas sur la figure humaine pour s’installer dans une nouvelle évidence.
Les boucles offrent donc une véritable expérience visuelle couplée à une expérience de pensée, mais aussi et peut-être surtout une expérience temporelle. Elle ne s’inscrit ni au passé comme la trace photographique, ni dans le futur où se cache le ressort de l’image cinématographique qui ne se comprend que par l’image qui suit et le climax final tout au bout du suspens.
La boucle est l’expérience d’un présent sans rupture, qui intègre l’accumulation des métamorphoses. La répétition provoque le plaisir d’un regard libre de toute interprétation imposée. À partir de la boucle, on peut ainsi, tour à tour, questionner la photographie comme annulation des métamorphoses multiples du réel, et le cinéma comme occultation de ces métamorphoses.
Ceci au moment où le «design» s’empare du vivant après s’être emparé des objets, où les corps sont formatés par les biotechnologies, le génie génétique, la chirurgie plastique et réparatrice, la cosmétique, et les tatouages, et où les nouvelles normes sont relayées par l’injonction contemporaine à jouer avec les images déjà faites plutôt que d’essayer d’en créer de nouvelles.

Les image arrêtées
Les images arrêtées entretiennent un rapport de nécessité avec les boucles dont elles sont issues. Ce ne sont pas des photographies à proprement parler. Le geste d’arrêter l’image révèle le modelage des volumes qui est de l’ordre de la sculpture. La sculpture qui est vivante dans la boucle, construite par les indications pendant les tournages successifs, reprend tout son poids au moment de l’arrêt sur image.
Symétriquement la matière de ces images arrêtées s’apparente plus à la peinture qu’à la photographie. Elle conserve toute l’épaisseur de temps qui constitue la boucle, et le pixel continue à y palpiter comme si les transformations du présent persistaient dans l’image fixe.
Si la « boucle » fonctionne paradoxalement comme le portrait d’un corps singulier, toujours immédiatement reconnu par les proches alors même qu’il semble méconnaissable, de leur côté les images arrêtées annulent ces particularités et pointent vers l’histoire de l’art. On voit tout à coup les corps qui ont été vus par Picasso, Bosch, Bacon, Ingres, Modigliani ou Moore, Bellmer ou Le Caravage, alors même qu’on aurait eu tendance à les assigner à la subjectivité de leur regard.
« Mouvement premier » est donc bien une référence au « cinéma premier » de Marey et des Frères Lumière qui, dans l’interstice entre image fixe et image en mouvement, ont inventé un médium et une façon de percevoir. Les chronophotographies de Marey sont à la fois des recherches scientifiques sur le mouvement et une inspiration majeure pour l’art du XXe siècle. Le travail de Goldring est une reprise de ce moment originel où chaque image permettait d’enrichir la compréhension du réel.

Les paysages
Les films de paysages (dont Parties de campagne, vidéo full HD, 5’22», 2017) montrent comment l’expérience des tournages en studio a pu engendrer une façon de filmer qui fait voir autrement la nature, la ville et le monde. Laurent Goldring les filme en effet depuis une dizaine d’années, et ce pan de son œuvre commence à émerger (festival Côté Court, Vidéo et Après, Moma PS1, Gaîté Lyrique ou Fondation Tàpies…). Revenir sur le motif, ressasser les mêmes lieux, arrive à faire émerger une autre vérité des paysages et à voir ce qu’on accepte de ne pas voir – par exemple la transformation des campagnes – de la même manière que les corps refoulés émergent dans le studio.

Les performances, sculptures vivantes et spectacles
Pour obtenir les images qu’il recherche, Laurent Goldring met au point un protocole très précis de tournage, et un rapport inédit avec les sujets filmés, partenaires de la déconstruction de l’image de leur corps. C’est ce qui a été à l’origine de sa rencontre avec la danse contemporaine, où son travail a eu depuis le début des échos importants, soit directement soit par l’intermédiaire des reprises qu’il a suscitées (cf. biographie ci-dessous). Dans l’exposition Mouvement premier, la vidéo Ouvrir le temps montre la cohérence et la complémentarité de ses travaux chorégraphiques et plastiques.

Avec les corps de Xavier Le Roy, Donata d’Urso, Saskia Hölbling, Franco Senica, Anne Laurent, Andrea Stotter.



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